Nous sous-investissons dans l’un des actifs économiques les plus importants de notre époque : le cerveau humain. Les troubles de la santé cérébrale représentent déjà environ 24 % de la charge mondiale de morbidité, et l’anxiété et la dépression coûtent à elles seules à l’économie mondiale environ 1 000 milliards de dollars par an en perte de productivité. Pourtant, l’investissement dans le capital cérébral — la valeur combinée de la santé et des compétences cérébrales — reste l’un des leviers les moins exploités pour une croissance inclusive et durable.
En marge du forum mondial Skoll 2026 à Oxford, nous avons réuni un groupe international et diversifié, issu de secteurs et d’expertises variés, pour une table ronde sur le capital cérébral : la combinaison de la santé et des compétences cérébrales. La discussion a abordé tous les aspects, des troubles mentaux et neurologiques, liés à la consommation de substances aux capacités cognitives et interpersonnelles, notamment l’adaptabilité, la résilience, l’empathie et la pensée critique.
Il est rapidement apparu qu’un large consensus existait déjà quant au fait que le capital cérébral constitue un atout économique stratégique. La question la plus difficile — celle sur laquelle nous avons passé l’après-midi à travailler — était la suivante : comment investir dans le capital cérébral et le développer à l’échelle mondiale ?
Un moment de convergence
Les enjeux n’ont jamais été aussi importants. L’adoption de l’IA est en train de redessiner les marchés du travail ; les changements démographiques mettent à rude épreuve les systèmes de santé et les systèmes sociaux, et les compétences dont les travailleurs ont le plus besoin — adaptabilité, résilience, pensée créative — sont précisément celles qui sont les plus menacées par les facteurs de stress mondiaux qui s’accumulent aujourd’hui : conflits, déplacements de population, maladies chroniques et perturbations climatiques.
En parallèle, les progrès en neurosciences et une base de données factuelle de plus en plus solide élargissent le champ des possibles. Une analyse du McKinsey Health Institute suggère que le développement des interventions en matière de santé cérébrale pourrait générer 6 200 milliards de dollars supplémentaires de PIB mondial d’ici 2050. L’opportunité est réelle — mais sa concrétisation nécessitera une action coordonnée entre les capitaux philanthropiques, publics et privés.
Tracer la voie de l’idée à l’investissement
Au cours de la table ronde, chaque groupe a apporté un éclairage différent sur ce qui est nécessaire pour susciter une action collective significative en faveur du capital intellectuel.
Ensemble, ils ont identifié les différents rôles que les parties prenantes devaient jouer pour réduire la fragmentation et établir un plan de collaboration : la philanthropie démontrant ce qui est possible ; les capitaux publics réduisant les risques et développant les marchés ; les investisseurs d’impact déployant à grande échelle des innovations éprouvées ; les entreprises les intégrant à leurs marchés ; et les capitaux institutionnels favorisant une adoption à grande échelle.
Cela représente une approche coordonnée de l’investissement axé sur le capital intellectuel, qui stimule l’intérêt et met en place des voies financières sûres pour ce capital à grande échelle.
À quoi ressemble concrètement une approche d’investissement évolutive axée sur le « capital intellectuel »
Pour Grands Défis Canada, ce n’est pas un sujet nouveau. Depuis plus de 15 ans, GDC identifie et investit dans des innovations qui soutiennent le capital cérébral — bien avant que ce domaine ne porte ce nom. Le portefeuille de GDC couvre la santé mentale, le développement de la petite enfance et les déterminants sociaux qui façonnent la santé cognitive tout au long de la vie, avec un accent particulier sur les pays à revenu faible et intermédiaire où l’écart entre le fardeau et l’investissement est le plus marqué.
Deux innovateur.trice.s issus de ce portefeuille ont partagé leurs expériences lors de la table ronde :
- Sean Mayberry, de StrongMinds, a présenté le parcours de son organisation vers la mise à l’échelle et la stratégie délibérée visant à réduire le coût par patient afin de favoriser l’adoption par le secteur public. Selon lui, l’accessibilité financière n’est pas seulement un objectif opérationnel ; c’est une initiative qui crée un marché. Lorsque les interventions en santé mentale deviennent suffisamment abordables pour être intégrées aux systèmes de santé, elles cessent d’être des exceptions caritatives et deviennent une partie intégrante de l’infrastructure.
- Emma Caddy, de Tiny Totos, a apporté un autre point de vue : l’argumentaire commercial du secteur privé en faveur du développement de la petite enfance. Leur travail explore comment investir dans des innovations qui favorisent le développement précoce du cerveau génère des retours à la fois immédiats et cumulatifs. À court terme, les preuves sont visibles dans des secteurs comme l’industrie du thé au Kenya, où les interventions en matière de développement de la petite enfance ont été associées à des améliorations mesurables de la productivité de la main-d’œuvre. À long terme, les retours sont encore plus frappants : pour chaque dollar investi dans le développement de la petite enfance, on estime que 15 dollars sont réinjectés dans l’économie grâce à l’augmentation du capital humain. Il ne s’agit pas ici de philanthropie visant à se forger une image morale. C’est une thèse d’investissement.
Ensemble, ces réflexions ont illustré un principe qui a traversé toute la session : le capital cérébral ne provient ni d’une seule intervention ni d’un seul investisseur. Il se forge à travers l’éducation, la santé, le travail et la communauté – tout au long de la vie. Et les retours ne se contentent pas de s’additionner. Ils se cumulent.
Prochaines étapes pour l’investissement axé sur le cerveau
Maintenant qu’un consensus s’est dégagé sur la nécessité d’agir de toute urgence en faveur du capital cérébral, la question suivante se pose : que peut faire chacun d’entre nous pour faire avancer cette cause ?
Les réponses variaient selon le type d’acteur et se voulaient délibérément concrètes.
- Pour les entreprises : Mettez en place des projets pilotes axés sur la santé et les compétences cérébrales. Les données probantes sont suffisamment solides pour passer à l’action, et les pionniers définiront les indicateurs qui feront la différence.
- Pour les organisations philanthropiques : financez des initiatives axées sur la santé cérébrale que d’autres ne financeraient pas. Le rôle des capitaux tolérants au risque est de démontrer ce qui est possible, et non d’attendre des preuves.
- Pour les partenaires commanditaires : commencez à solliciter une exposition au capital cérébral. Comme l’a fait remarquer un participant, la demande elle-même modifie ce que les gestionnaires de fonds suivent et ce qu’ils finissent par mettre en œuvre.
- Pour les investisseurs d’impact : constituez un pipeline qui stimule le capital cérébral.
- Pour les intervenants du secteur public : continuez à inciter d’autres acteurs à s’engager. La visibilité de l’engagement gouvernemental modifie le calcul du risque pour tous les autres.
Les systèmes sur lesquels nous comptons — économies, communautés, main-d’œuvre — ne sont résilients que dans la mesure où le sont les personnes qui les composent. Le capital intellectuel n’est pas une idée nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est le moment : une convergence de preuves, d’urgence et de disponibilité de capitaux rend le coût de l’attente plus difficile à justifier que celui de l’action.
Pour GDC, traduire cette logique de coordination en pratique consiste à rassembler les bailleurs de fonds locaux, les gouvernements et les innovateurs autour des priorités régionales. Cela signifie instaurer la confiance et les cadres communs qui créent les conditions propices à la convergence de différentes formes de capital vers un impact durable, ancré localement et à grande échelle.
La discussion sur l’investissement axé sur le capital intellectuel se poursuit dans le cadre du groupe de travail sur l’investissement axé sur le capital intellectuel, réuni par la Global Brain Economy Initiative.



































