Grand Challenges Canada


Une équipe de chercheurs de l’Université de l’Alberta se joint à Grands Défis Canada et à l’Organisation mondiale de la Santé pour mettre en œuvre un projet destiné à sauver des vies dans une zone de conflit en Somalie.

 

(Edmonton, AB) — Le 5 février, quelques minutes après avoir donné naissance à son huitième enfant à l’Hôpital général de Hanaano, à Dusamareb, en Somalie, le cœur de Zahra*, 37 ans, a sombré. Son médecin lui a expliqué que son bébé souffrait d’asphyxie à la naissance, ce qui signifiait qu’elle avait de la difficulté à respirer. Son taux d’oxygène était inférieur à 40 %, comparativement au niveau requis de 90 % ou plus.

« J’ai pleuré et j’étais très inquiète quand j’ai constaté que mon enfant était très malade », a avoué Zahra. « Je croyais qu’elle allait mourir. »

Immédiatement, le bébé a été admis au service de maternité, où les médecins se sont précipités pour lui donner de l’oxygène médical à l’aide de l’une des trois machines à oxygène à énergie solaire qui venaient d’être installées à l’hôpital.

« Aujourd’hui, je suis très heureuse — j’ai vu l’état de mon enfant s’améliorer, je l’ai vue recevoir de l’oxygène 24 heures sur 24, comme elle en avait besoin. Je suis vraiment reconnaissante à l’équipe de l’hôpital et à l’Organisation mondiale de la Santé », a déclaré Zahra.

Mohamed Abdi, directeur de l’Hôpital général de Hanaano, ne pouvait dissimuler sa gratitude envers les partenaires de soutien. Le bébé de Zahra avait une importance toute spéciale pour lui car elle était la première personne à utiliser l’oxygène produite grâce à l’énergie solaire, qui a plus que doublé le niveau de saturation en oxygène du bébé de Zahra, à 94 %.

« J’ai été responsable de la pose de la première brique à l’Hôpital de Hanaano », de dire Abdi. « Depuis, c’est la première fois que je vois comment un investissement réalisé en temps opportun peut sauver des vies. L’année dernière, malheureusement, plus de 180 patients sont décédés à l’hôpital en raison du manque d’oxygène. Beaucoup d’entre eux étaient des enfants. Ce système sauvera de nombreuses vies. »

Cette intervention vitale est le fruit d’une collaboration entre l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Grands Défis Canada (GDC) — une organisation canadienne à but non lucratif principalement financée par le gouvernement du Canada qui investit dans des innovations pour relever des défis critiques touchant la santé mondiale, les besoins humanitaires et les communautés autochtones au Canada et dans des pays à faibles ressources — et une équipe dirigée par Michael Hawkes, professeur agrégé au Département de pédiatrie de l’Université de l’Alberta.

Le professeur Hawkes et son équipe ont d’abord eu l’idée de produire de l’oxygène avec l’énergie solaire en 2013 comme moyen d’aider à prévenir les 900 000 décès d’enfants causés annuellement par une pneumonie à travers le monde, principalement en Afrique et en Asie. La pneumonie infantile est aujourd’hui la principale cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans dans le monde, la plupart des décès survenant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. L’oxygène est une thérapie essentielle pour soigner la pneumonie infantile, mais n’est pas toujours disponible dans les milieux à faible revenu ou éloignés. La pandémie de COVID-19 a aussi considérablement augmenté la demande mondiale d’oxygène, tant pour les adultes que pour les enfants.

Traditionnellement, les cliniciens travaillant dans de tels contextes utilisent des bouteilles d’oxygène comprimé à usage unique qui doivent être achetées, ou des concentrateurs d’oxygène qui peuvent être branchés dans une prise de courant mais nécessitent une alimentation constante en électricité. Dans son travail, Hawkes a constaté qu’on ne pouvait pas se fier à ces solutions de façon continue, avec des conséquences désastreuses.

« Nous avons été confrontés à ce problème en Ouganda en traitant des patients qui dépendaient de l’oxygène; lorsque le courant était coupé, nous les voyions mourir en quelques minutes », d’affirmer Michael Hawkes, qui est également membre du Women and Children’s Health Research Institute et chercheur distingué au Stollery Science Lab. « Ces régions connaissent souvent deux ou trois coupures d’électricité par semaine qui peuvent durer une ou deux heures à la fois. De tels incidents sont fréquents. Nous avons donc suggéré de produire de l’oxygène grâce à l’énergie solaire comme solution à ce problème en oxygénothérapie.

En 2016, l’équipe de Hawkes (en collaboration avec Global Health Uganda) a installé ses premiers systèmes d’oxygène à énergie solaire dans deux hôpitaux en Ouganda pour y mener des tests. Après avoir d’abord vérifié que ces systèmes étaient toujours fiables et aussi sûrs et efficaces que les méthodes traditionnelles de fourniture d’oxygène, l’équipe a ensuite élargi rapidement le projet à 20 sites hospitaliers en Ouganda. Devant le succès des efforts déployés en Ouganda et les défis additionnels engendrés par la pandémie de COVID-19, l’OMS a collaboré avec Michael Hawkes et Grands Défis Canada pour piloter le projet en Somalie.

« Lorsque le premier cas de COVID-19 confirmé en laboratoire a été signalé en mars 2020 en Somalie et qu’une éclosion se répandait déjà dans l’ensemble du pays, aucun des hôpitaux du secteur public somalien ne disposait d’oxygène médical », a précisé Mamunur Malik, représentant de l’OMS pour la Somalie. « Poussés par le besoin urgent d’oxygène médical pur et de haute qualité, nous avons réalisé que nous devions agir rapidement pour sauver des vies — et nous l’avons fait avec le soutien de nos partenaires. »

Selon Michael Hawkes, la mise en place de chaque système coûte environ 12 000 $ US, ce qui comprend les panneaux solaires, les batteries et les concentrateurs d’oxygène achetés localement, ainsi que la formation nécessaire pour les utiliser et les surveiller correctement.

Les systèmes sont conçus de manière à capter suffisamment d’énergie solaire pendant la journée pour fonctionner toute la nuit, ainsi que certains jours nuageux. Selon Michael Hawkes, l’énergie solaire offre une fiabilité élevée, et les problèmes de disponibilité imputables aux journées nuageuses se sont révélés bénins en comparaison des problèmes d’alimentation du réseau électrique dans les milieux à faible revenu ou éloignés un peu partout dans le monde.

Depuis les premiers essais du système en Ouganda, les données des dernières années montrent que le système d’oxygène à énergie solaire sauve des vies, note Michael Hawkes. Avant la mise en place du système, environ 5,5 % des enfants admis à l’hôpital y mouraient. Après sa mise en place, les taux de mortalité sont tombés à 3,2 %, une baisse de 35 %.

« Sauver des vies en utilisant des ressources disponibles gratuitement comme le soleil et l’air est ingénieux », a déclaré Karlee Silver, co-PDG de Grands Défis Canada, soulignant que GDC appuie le projet depuis le début, permettant à l’équipe de Michael Hawkes de déployer le projet en Ouganda et de mettre celle-ci en rapport avec l’OMS en Somalie. Selon Karlee Silver, les subventions de GDC pour ces travaux ont été accordées grâce à des fonds venant du gouvernement du Canada, plus récemment par le biais d’Affaires mondiales Canada.

« Nous n’y pensons plus, mais l’oxygène est un médicament essentiel utilisé pour soigner des patients à tous les niveaux du système de santé », d’ajouter Karlee Silver. « La COVID-19 a rendu la fourniture d’oxygène encore plus urgente. Nous savons à quel point ce travail est important et nous sommes ravis de faire partie de ce partenariat mondial qui a un impact tangible. »

Le système d’oxygène à énergie solaire de l’Hôpital général de Hanaano a été installé en janvier. Les membres de l’équipe qui avaient travaillé au projet précédent en Ouganda se sont rendus dans la région pour donner une formation et un soutien.

Trois concentrateurs portables ont été installés à cet hôpital, avec quatre emplacements possibles pour leur utilisation : le service de pédiatrie, le bloc opératoire, le service des urgences et le service de maternité. Au début, Michael Hawkes était inquiet de la configuration du système en vue de son utilisation au bloc opératoire.

« Je vais être honnête avec vous — en tant que pédiatre, j’avais des hésitations. Mais bien sûr, vous voulez répondre aux demandes locales », a-t-il ajouté. « Nous avons donc fait ce qu’on nous a demandé, et bien sûr, les responsables locaux connaissent bien le contexte. La prochaine chose qui est arrivée, c’est qu’un conflit a éclaté dans la région et le système a été utilisé dans le bloc opératoire pour soigner les soldats blessés.

Depuis l’installation des trois stations d’oxygène à énergie solaire, soit entre le 8 février et le 30 mars, 45 patients souffrant de différentes conditions médicales ont reçu de l’oxygène médical provenant de ces stations. Parmi eux, 30 étaient des enfants (13 atteints de pneumonie et 17 d’asphyxie à la naissance) et 15 étaient des adultes (six atteints de blessures par balle, un souffrant d’une insuffisance cardiaque, deux ayant subi un accident vasculaire cérébral et six aux prises avec une maladie respiratoire aiguë due à la COVID-19). Sur ces 45 patients, 42 ont survécu.

L’équipe envisage maintenant l’avenir en espérant pouvoir élaborer un plan pour élargir l’accès à l’oxygène produit par énergie solaire en Afrique de l’Est et au-delà, afin de maximiser le nombre d’enfants qui peuvent être rejoints par cette intervention.

« Dans le cas des patients les plus malades, l’oxygène fait partie des outils de base pour les maintenir en vie. Vous pouvez voir à quel point cette application a une large portée », de déclarer Michael Hawkes. « Nous souhaitons vivement reproduire cette expérience partout. Cela prend de l’argent et il faut trouver le bon collaborateur, mais nous avons fait notre part en démontrant que cela fonctionne. Il n’y a donc pas de limite.

Le financement du projet a été fourni par Grands Défis Canada, l’Open Society Foundations et la Stollery Children’s Hospital Foundation par l’intermédiaire du Women and Children’s Health Research Institute.

* Le nom a été changé par souci de confidentialité.

 

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