Karlee Silver

Avec la participation précieuse de mes collègues de Grands Défis Canada Jonathan Hera, gestionnaire principal des investissements, et Ellen Morgan, agente de programme pour La Santé mentale dans le monde


En trois brèves années, Grands Défis Canada est devenu l’un des principaux bailleurs de fonds de l’innovation en santé mentale dans le monde. Par le biais de notre programme La Santé mentale dans le monde, nous avons investi plus de 30M $CAN pour développer, tester et déployer à l’échelle plus de 60 idées audacieuses visant à sauver et à améliorer la vie de gens vivant avec des troubles mentaux, neurologiques et de consommation de substances courants dans les milieux à faibles ressources en accroissant l’accès aux soins et l’efficacité des traitements. Nous investissons dans l’innovation en santé mentale parce que nous y voyons une occasion d’appliquer de nouvelles solutions pour relever le défi surmontable que des centaines de millions de personnes vivant actuellement avec la maladie mentale ne peuvent accéder à des soins efficaces dans les milieux aux ressources limitées. Nous percevons le besoin d’appuyer les personnes qui consacrent leur carrière à l’amélioration de la santé mentale, ainsi que la nécessité de renforcer leurs efforts en sollicitant l’imagination et la créativité d’autres innovateurs pour confronter ce défi. Enfin, nous reconnaissons que l’amélioration de la santé mentale des personnes vivant avec des troubles mentaux entraîne également une amélioration de la qualité de vie de leur famille et engendre des gains sociaux et économiques plus vastes.

EEG portable

Photo : Un EEG portable développé par des chercheurs de l’Université d’Ottawa

Nous commençons à voir cet investissement porter fruit. À titre d’exemple, dans le nord de l’Ouganda, l’Université de Makerere procède actuellement à l’essai d’un modèle à l’aide duquel des guérisseurs traditionnels et des dirigeants communautaires de confiance, des « wayos » et des « neros » (tantes et oncles) ont jusqu’à maintenant envoyé en consultation plus de 5000 personnes aux services de santé mentale. Parmi celles-ci, 1400 personnes atteintes de maladie mentale ont visité un établissement de santé pour la première fois grâce à ce modèle. De plus, un modèle de prestation décentralisée des soins de santé mentale en Haïti par Zamni Lasante a permis de traiter 3400 personnes souffrant de dépression ou d’épilepsie à ce jour. Et un EEG portable développé par des chercheurs de l’Université d’Ottawa a été utilisé pour soumettre à des tests 50 personnes au Bhoutan. Vous pouvez consulter ici la liste complète des innovations en Santé mentale dans le monde.

Si vous pensez : « Voilà le genre d’impact que je souhaite faciliter! », continuez de lire.

Ce défi est trop grand pour le petit groupe d’organisations qui se sont engagées à y faire face seules, et j’invite les autres à se joindre à nous pour transformer l’avenir des personnes vivant avec des troubles de santé mentale partout dans le monde. En puisant dans l’expérience collective de l’équipe de Grands Défis Canada, je voudrais partager ce que nous considérons comme les trois principales caractéristiques d’un bon investisseur en santé mentale et des innovations en matière de santé mentale qui justifient un investissement.

Qu’est-ce qui fait un bon investisseur en santé mentale?

Que le financement soit fait au niveau d’un programme ou au niveau d’une innovation individuelle, les caractéristiques suivantes peuvent être attribuées à un bon investisseur dans l’innovation en santé mentale :

  1. Offrir une valeur au-delà des fonds investis. Le financement est nécessaire mais il n’est pas suffisant pour assurer que les innovations prometteuses sauvent et améliorent des vies à grande échelle. Ainsi, les investisseurs qui peuvent apporter d’autres ressources – une expertise, des réseaux et des plateformes – augmenteront la probabilité d’obtenir d’importants rendements sociaux. Par exemple, un investisseur qui fournit des conseils stratégiques ou agit comme un intermédiaire pour mettre en contact des personnes clés peut faire toute la différence en permettant à une idée audacieuse de produire un grand impact en santé mentale.
  2. Avoir une tolérance au risque. La santé mentale nécessite un changement transformationnel. Les idées audacieuses ayant le potentiel de transformer, et non uniquement de faire avancer progressivement, comportent un certain risque d’échec. Même si les gouvernements montrent une plus grande volonté d’offrir des soins de santé mentale dans leurs politiques et leurs budgets, il est peu probable que des idées transformationnelles puissent être initialement prises en charge par les canaux publics. Un financement souple est requis pour développer des modèles innovants et vérifier s’ils peuvent avoir un impact suffisant sur la santé mentale avec des niveaux réalistes de ressources pour justifier la poursuite de l’investissement. Les investisseurs privés peuvent jouer un rôle important en vue de réduire les risques associés aux idées audacieuses et d’aider les innovations les plus prometteuses à se déployer à l’échelle.
  3. Être un champion. Le domaine de la santé mentale a besoin d’investisseurs qui sont profondément engagés à susciter un changement et qui n’ont aucune crainte d’en parler. La stigmatisation qui accompagne et perpétue le fardeau de la maladie mentale rend cet engagement encore plus important en santé mentale que dans d’autres causes. Plus la maladie mentale – et l’existence de traitements efficaces – est connue, moins il est probable que la vie des gens sera définie en fonction de leur condition. L’engagement de la plupart d’entre nous est animé par l’expérience directe ou personnelle. Peu importe d’où il vient, un bon investisseur partagera sa passion pour la santé mentale, et agira comme défenseur de cette cause dans ses propres réseaux.

Qu’est-ce qui fait une bonne innovation en santé mentale?

En elle-même, une idée novatrice ne sauvera pas ou n’améliorera pas des vies. Pour aider à guider les investisseurs potentiels, j’insiste sur trois grandes caractéristiques qui peuvent indiquer si une idée audacieuse est plus susceptible de produire un grand impact en santé mentale.

  1. Passer de la promesse aux résultats de toute urgence. L’innovation prend du temps, mais il y a des millions de personnes dont la vie est actuellement contrainte par la maladie mentale et qui ont besoin de solutions sans délai. Une équipe qui reconnaît cette urgence en passant à l’action et en produisant des résultats vaut l’investissement. Cela ne signifie pas que la souplesse et la patience ne sont pas justifiées (compte tenu de la nature de l’innovation, elles sont requises!), mais la capacité d’exécuter et de solutionner efficacement des problèmes est un ingrédient nécessaire pour s’assurer que des idées audacieuses auront beaucoup d’impact.
  2. Impliquer les utilisateurs dans la conception. Les utilisateurs dans le domaine de la santé mentale n’ont pas encore eu une voix importante dans la façon dont ils reçoivent des soins. Cela est en train de changer grâce à des groupes de défense des droits (voir le Mouvement pour la Santé mentale dans le monde) et aux efforts concrets déployés pour améliorer les normes relatives à la qualité et aux droits humains en incluant les utilisateurs des services (p. ex., la trousse QualityRights de l’OMS). Une innovation conçue avec – et non seulement pour – les utilisateurs bénéficiera d’une plus grande adoption et, par conséquent, sera plus susceptible d’améliorer la santé mentale.
  3. Intégration dans (et stimulation) des systèmes locaux. Les effets de la maladie mentale se répercutent dans plusieurs secteurs – santé, éducation, logement, justice. La puissance de ce constat est que les ressources et l’expertise de multiples secteurs peuvent être mises à contribution pour améliorer la santé mentale. La complexité vient avec la compréhension de la façon dont une nouvelle approche va interagir avec – et peut-être améliorer – les systèmes déjà en place dans de nombreux secteurs. Alors que les capacités des systèmes existants varient, une innovation qui ne tient pas compte des systèmes qu’elle vise à renforcer ne sera pas viable.

Si ces caractéristiques, tant pour les innovations en santé mentale que pour les investisseurs vous interpellent, n’hésitez pas à entrer en contact avec nous. Ensemble, nous aurons plus de chances de surmonter ce grand défi.


Ce billet a également été publié sur le blogue du Mental Health Innovation Network.

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